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Prof d’arts plastiques : des séjours et activités pour lâcher les pinceaux

 

 

Perspective, textures, matières, couleurs, volume, paysage… Certaines notions prennent une toute autre dimension quand les élèves peuvent les observer et les expérimenter pour de vrai. En Savoie et Haute-Savoie, les arts plastiques peuvent devenir un formidable prétexte pour regarder, manipuler, créer et réinvestir autrement ce que l’on travaille en classe.

Vous avez déjà vu ce moment où une notion que vous essayez d’expliquer depuis trois séances devient soudain beaucoup plus évidente parce que les élèves l’ont sous les yeux ?

La perspective face à un paysage. Les textures d’une pierre ou d’un morceau de bois que l’on peut toucher. Les nuances d’un paysage de montagne que l’on essaie de traduire sur une feuille. Une architecture que l’on observe pour comprendre comment les formes s’organisent. Une fresque que l’on ne découvre plus seulement dans un manuel, mais devant laquelle on peut s’arrêter pour regarder les gestes, les matières et les couleurs.

C’est aussi ça, un projet artistique : donner aux élèves quelque chose à observer, à ressentir et à transformer en création.

Et lorsqu’ils reviennent en classe, ils ont de nouvelles images en tête, des matières à raconter, des techniques à réinvestir et parfois même une autre façon de regarder leur environnement.

 

👀Observer avant de créer

 

En arts plastiques, l’observation est déjà une pratique.

Mais observer un paysage sur une photographie et l’observer réellement, avec ses plans successifs, ses variations de lumière, ses lignes, ses volumes et ses couleurs, ce n’est pas tout à fait la même chose.

Face à un paysage de montagne, les élèves peuvent par exemple travailler les plans, la profondeur, la perspective, les lignes de fuite, les rapports d’échelle ou encore les contrastes. On comprend beaucoup plus facilement pourquoi une montagne paraît plus claire ou plus bleutée au loin quand on peut réellement regarder les différents plans du paysage.

Et cette observation peut ensuite être réinvestie en classe : croquis, photographie, peinture, collage, travail sur la couleur ou composition d’un paysage imaginaire.

La sortie ou le séjour devient alors le point de départ d’une séquence, et pas une activité isolée.

 

🪨Travailler les matières et les textures… avec les mains

 

Une autre façon de nourrir la créativité des élèves consiste simplement à leur donner de quoi observer et manipuler.

La pierre, le bois, la terre, les végétaux, les surfaces anciennes ou les matériaux utilisés dans une architecture racontent beaucoup de choses. Ils ont une couleur, une texture, un poids, une forme, une histoire.

À l’Abbaye d’Abondance, l’activité La pierre et le bois dans tous leurs états permet justement d’explorer les matériaux utilisés dans l’abbaye et leur place dans l’architecture.

Pour un professeur d’arts plastiques, cela peut devenir une vraie matière à exploiter : comment représenter une texture ? Comment donner l’impression du bois, de la pierre, d’une surface rugueuse ou lisse ? Comment passer du volume au dessin ?

Les élèves peuvent ensuite partir de leurs observations pour expérimenter des frottages, des empreintes, des compositions ou des créations en volume.

 

🎨 Faire travailler la créativité plutôt que chercher « le joli »

 

Une pratique artistique ne consiste pas seulement à apprendre une technique pour obtenir un résultat réussi.

Elle permet aussi aux élèves d’expérimenter, de faire des choix, de se tromper, de recommencer et de trouver leur propre réponse.

C’est particulièrement intéressant dans les ateliers de pratique artistique.

À Abondance, Les petits fresquistes permettent par exemple de découvrir la technique de la fresque et de passer de l’observation à la réalisation.

Même logique avec La palette du peintre : travailler les couleurs, les mélanges, les nuances et les choix de composition devient beaucoup plus concret lorsqu’on passe rapidement de la théorie au geste.

L’intérêt pour les élèves ? Ils ne reproduisent pas simplement ce que l’enseignant leur montre. Ils expérimentent et doivent faire leurs propres choix.

Et c’est justement là que la créativité peut prendre toute sa place.

 

✍️ Découvrir des techniques qui racontent une histoire

 

Certaines techniques artistiques permettent aussi de faire le lien entre création et patrimoine.

Avec Le moine copiste : apprenez les écritures médiévales ! à Saint-Jean-d’Aulps, les élèves découvrent les écritures médiévales et expérimentent le travail du copiste.

Une bonne manière de faire travailler simultanément le geste, la forme, la composition, la couleur et l’ornement.

Et surtout, de montrer aux élèves qu’une écriture peut elle aussi être une création visuelle.

Pourquoi ne pas ensuite réinvestir l’expérience en classe en imaginant une lettrine contemporaine, une affiche inspirée des manuscrits ou une composition graphique mêlant texte et image ?

 

🦬 Revenir aux premières images avec l’art pariétal

 

Avec l’art pariétal, les élèves remontent aux premières formes de représentation.

Pourquoi dessiner ? Pourquoi représenter un animal plutôt qu’un autre ? Comment utiliser une paroi, une forme ou une matière pour créer une image ?

Ce type d’activité permet de revenir à des questions fondamentales de la création artistique tout en donnant aux élèves l’occasion de pratiquer.

Et là encore, le plus intéressant peut être ce qui se passe après : reprendre en classe les formes observées, expérimenter différentes manières de représenter un animal, travailler sur les traces, les gestes ou les supports, ou encore réfléchir à ce que l’on choisit de représenter aujourd’hui.

 

🌿 Quand le paysage devient une matière artistique

 

La montagne offre aussi un terrain particulièrement riche pour travailler autour du paysage.

Avec Journée Art’griculture au Grand-Bornand, l’approche artistique rencontre le territoire et le monde agricole.

Une bonne occasion de questionner ce que l’on voit réellement dans un paysage : ce qui est naturel, ce qui est construit, ce qui est cultivé, ce qui change avec les saisons.

Le paysage devient alors autre chose qu’un simple sujet à dessiner. Il devient un espace à observer, à comprendre et à interpréter.

Et pourquoi ne pas demander ensuite aux élèves de transformer ce paysage ? Le simplifier, le fragmenter, le recomposer, le rendre abstrait, le modifier par la couleur ou imaginer ce qu’il pourrait devenir dans quelques décennies ?

 

🏔️ Des séjours pour faire vivre un projet artistique sur plusieurs jours

Certaines notions prennent aussi une autre ampleur lorsqu’on dispose de plusieurs jours.

Le séjour permet de multiplier les temps d’observation, de revenir sur une première production, de tester une nouvelle technique ou de construire un projet collectif.

 

Classe Montagn’Art : créer avec la montagne

 

La Classe Montagn’Art à Bellevaux est particulièrement adaptée à cette approche.

Les élèves peuvent travailler autour du dessin, du paysage, du land art, de la fresque et de différentes formes de création artistique tout au long du séjour.

L’intérêt d’un format de plusieurs jours est de pouvoir observer, expérimenter puis revenir sur ce que l’on a produit.

Une première observation peut donner lieu à un croquis. Celui-ci peut ensuite devenir une peinture, une composition ou une création collective. Une collecte de formes et de textures peut nourrir une production en classe au retour.

Le séjour devient ainsi un véritable fil rouge artistique, plutôt qu’une succession d’activités.

 

Trésors de la terre : partir de la matière

 

Le séjour Trésors de la terre au Reposoir offre quant à lui un autre point de départ : celui de la matière et des ressources du territoire.

Même lorsqu’un séjour n’est pas exclusivement consacré aux arts plastiques, il peut devenir une formidable source d’inspiration pour un projet artistique.

Une pierre observée sur place. Une couleur repérée dans un paysage. Une texture photographiée. Une forme trouvée dans la nature. Un matériau découvert pendant une activité.

Tout cela peut revenir en classe et devenir matière à créer.

 

💡 Et si le vrai intérêt était ce que les élèves en font après ?

Une sortie artistique réussie n’est pas forcément celle dont les élèves rapportent la plus belle production.

C’est peut-être plutôt celle qui leur donne des choses à regarder, des questions à se poser et des expériences à réinvestir.

Après une journée ou un séjour, vous pouvez repartir de leurs photos, croquis, collectes, impressions ou productions pour prolonger le travail en classe :

  • transformer un croquis de paysage en composition abstraite ;
  • travailler les textures observées sur place ;
  • reprendre une technique découverte pendant un atelier ;
  • créer une production collective à partir des éléments collectés ;
  • comparer différentes représentations d’un même paysage ;
  • travailler la perspective à partir de photographies prises par les élèves ;
  • transformer un élément du patrimoine en création contemporaine ;
  • faire évoluer une première production après retour critique du groupe.

Parce que finalement, la montagne n’est pas le sujet du cours d’arts plastiques : elle peut être le déclencheur.

Elle donne aux élèves quelque chose de réel à observer, à toucher, à questionner et à transformer.

Et c’est souvent à partir de cette matière-là que les idées commencent à arriver.